Rissoles aux Légumes

La cérémonie « médiévale » de mariage


Dans le cadre d'un mariage médiéval il paraîtrait évident de proposer une cérémonie médiévale de mariage. Mais en quoi consisterait-elle ? Il n’y a pas de réponse simple…

Le Moyen-Age c’est long, de 500 à 1500 est la période reconnue par convention. Une période aussi longue et un territoire en cours d’expansion recouvre évidemment des réalités bien différentes les unes des autres en matière d’usages sociaux. Il n’est pas inutile de rappeler que le territoire français tel que nous le reconnaissons aujourd’hui est postérieur à la période médiévale.

Avant le XIème, les sociétés sont encore largement imprégnées de rituels anciens en partie hérités des celtes. A partir du XIème s. le royaume de France affiche haut et fort sa chrétienté. [Les normes du mariage catholique tel que nous le connaissons aujourd’hui sont pourtant très tardives, elles se fixent en plusieurs temps et sont parachevées en 1563 par un décret du concile de Trente. Avant cette date il suffisait pour un couple de convoler en justes noces pour être considéré comme uni, même sans témoins. La cérémonie ne venait éventuellement ratifier ce lien que dans un second temps.] voir note de bas de page 1

Les unions au sein des classes les plus aisées ayant un objectif principalement patrimonial (alliances de famille et donc de terres ou autres biens) le cérémonial n’avait rien de très romantique, il pouvait ressembler à un contrat chez le notaire. Inutile de rappeler que le consentement enthousiaste des époux, et en particulier celui de la fiancée n’était pas indispensable. Parfois l’union faisait l’objet d’une bénédiction religieuse (chrétienne), le cérémonial était alors réalisé rapidement sur le parvis de l’église.

Ces cérémonies « médiévales » quand elles avaient lieu, ne véhiculaient donc probablement en rien les valeurs et les attentes de la plupart des couples actuels... Nous voilà donc assez peu avancés, quelle cérémonie proposer à des futurs marié·e·s non catholiques pratiquant·e·s pour rester dans une certaine cohérence ?


Une cérémonie laïque ?

En France, depuis une quinzaine d’années, de plus en plus de couples choisissent d’échanger leurs vœux au cours d’une cérémonie laïque. Lorsque celles-ci n’étaient pas encore très répandues, on les qualifiait volontiers de « cérémonies à l’américaine ». Aux Etats-Unis, comme en Belgique ou encore au Canada, il est possible d’obtenir une délégation pour marier des proches. Certains religieux peuvent également officier en plein air, ce qui n’est pas le cas chez nous.

En France la loi est stricte : le mariage civil ne peut être prononcé que par le·la maire ou un·e de ses adjoint·e·s dans l’enceinte de la mairie ou dans un autre bâtiment communal abritant les registres.

Certain·e·s marié·e·s confient l’écriture et la célébration à des proches : évocation des souvenirs d’enfance, poème, discours… Improvisation totale ou mise en scène plus soignée, les résultats sont aussi divers que le sont les personnes.

Parfois les futur·e·s marié·e·s manquent de bonnes volontés dans leur entourage, ils·elles confient alors ce moment à un.e célébrant.e professionnel.le qui assure la présentation et les transitions, coordonnant les idées de chacun·e pour assurer la cohérence de l’ensemble.

Mais, cette ambiance « laïque » dénuée de spiritualité est-elle vraiment celle que recherche les couples qui rêvent d’un mariage médiéval ?

Une cérémonie païenne ?

En l’absence de cérémonie religieuse, certains couples peuvent avoir la crainte que leurs proches considèrent leur mariage comme une simple officialisation. Ils·elles ressentent aussi parfois la crainte de ne pas se « sentir marié·e·s » sans la solennité, le mystère et les rituels d’une cérémonie religieuse. Comme si cette « énergie » mystérieuse qu’ils·elles ressentent en eux·elles allait à manquer pour nourrir leur engagement.

Il est alors possible de trouver une dimension spirituelle non religieuse en puisant dans les anciennes traditions païennes de l’antiquité ou du début du Moyen-Age, comme dans leurs évolutions plus contemporaines. L’atmosphère de ces cérémonies peut merveilleusement convenir à l’ambiance d’un mariage médiéval en amenant une imagerie et une dimension symbolique et rituelle.

Ces cérémonies, qu’on les appellent spirituelles, druidiques, païennes, celtiques, proposent toutes :
• une ambiance solennelle
• un réalité de l’engagement
• des rituels réappropriés ou inventés

Parmi ces rituels, le « rituel des rubans » a une place de choix : deux mains jointes liées par un ou plusieurs liens chatoyants, une image romantique qui semble faire l’unanimité!

Que peut-on dire de ce geste de « lier les mains » (handfasting) ?

Les origines du handfasting

Le handfasting est souvent relié à l’ambiance celtique ou au druidisme, en particulier dans certains films ou séries télévisées ou films. On lui prête des origines et des significations diverses qui ne sont pas forcément fondées.

Le geste de lier les mains viendrait des pays du Nord en en particulier de l’Ecosse (Highlands) où il avait valeur de fiançailles. Il a été largement pratiqué jusqu’en 1753, date à partir de laquelle il a été décidé que le mariage ne pouvait être prononcé que par un prêtre.

Le handfasting est-il un geste religieux ?

Il n’y a pas vraiment de réponse à cette question. On ne sait pas si il était pratiqué par les celtes anciens. On sait par contre qu’il était utilisé dans les îles (Hébrides en particulier) pour sceller un engagement sans que celui-ci soit forcément lié au mariage. Un peu comme une signature à une époque où l’écrit était peu courant.

Dans le cadre des fiançailles, le handfasting permettait d’habiter ensemble avant qu’un représentant légal ne passe dans le village pour sceller l’union. Dans ce cas précis, le handfasting n’est donc pas un rituel alternatif à la religion mais plutôt un usage populaire lié au mariage chrétien.

Le geste de handfasting est un accord qui est donc par définition révocable ou renégociable. On ne peut donc pas le réduire au « Jusqu’à ce que la vie nous sépare » du sacrement de mariage chrétien.

Le handfasting a perduré en Ecosse jusqu’au milieu du 20ème s, il est pratiqué aujourd’hui de façon moins massive. Depuis les années 50, ce geste a été repris par la religion wiccane. La Wicca a une importante dimension rituelle (célébrations des anciennes fêtes celtiques liées aux solstices et aux équinoxes, elle a des liens plus ou moins diffus avec le chamanisme, le paganisme, le druidisme, la magie, la sorcellerie, les mythologies antiques, slaves, nordiques et évidemment celtiques.

Druidisme et handfasting, quels sont les liens ?

Si beaucoup associent druidisme et handfasting, ces deux termes, il n’y a pas de liens anciens avérés. Les Druide·sse·s ancien·ne·s ne célébraient des mariages, en tant que savant·e·s, leurs préoccupations étaient probablement ailleurs. Il est probable que le·la barde·sse, la mère de famille ou le·la cheffe· de clan étaient en charge de la vie sociale et donc des mariages.

Quant aux Druide·sse·s modernes (groupes issus du néodruidisme, à partir du 17ème s.) leurs approches sont multiples, entre religion pour certain·e·s et philosophie pour d’autres. Certains bénissent les unions et pratiquent le handfasting, d’autres le voient comme un geste contradictoire avec leurs croyances celtiques : « La bénédiction ne peut faire appel à aucun moment aux divers symboles de lien et d’union […] tels que les alliances, anneaux, rubans noués, échanges de vœux ou de présents (qui renvoient à la dot de la future épouse dans le cadre d’un mariage). Cela reviendrait en effet à entériner la possession des êtres […]. »

Cette position s’oppose ainsi clairement aux religions monothéïstes, en particulier judéo-chrétiennes.

Quelle différence entre un rituel des rubans et un handfasting celtique ?

Il n’y a pas une seule vérité, à ce stade je ne peux parler qu’en mon propre nom et donner un avis personnel : Je pense que si le handfasting s’inscrit dans la tradition celtique, il doit alors être abordé dans sa dimension révocable. L’idée est que chacun·e puisse remettre en question son engagement si les circonstances l’exigent.

Ce questionnement en soi, le fait que les conjoint·e·s ne soient pas lié·e·s mais relié·e·s sans se sentir emprisonné·e·s, est selon moi - et peut-être paradoxalement penseront certain·e·s - un gage de durabilité pour le couple.

Mais après tout, nul n’est forcé de relier ce geste à l’univers celtique. Dans ce cas on parlera plutôt de cérémonie des rubans ou de rituel des mains liées.

Votre cérémonie

J’adapte les choses à chacune des personnes qui me contacte pour se marier, renouveler ses vœux ou bien faire baptiser ses enfants. Evidemment je tiens à mes racines celtiques, elles ne sont jamais loin et je leur accorde plus ou moins de place, selon le contexte. Je qualifierais mes cérémonies de païennes car la dimension rituelle est toujours présente. Je ne me revendique pas de religion païenne et n’invoque jamais de divinité précise. Il est néanmoins possible d’intégrer des éléments religieux via les interventions éventuelles des proches. Ceci à partir du moment où c’est proposé dans un esprit de tolérance et d’ouverture

Conclusion

Il y avait longtemps que j’avais envie d’écrire un article sur ce thème, j’espère qu’il vous aura intéressé·e·s, à défaut de vous apporter des certitudes :)

J’espère aussi qu’il intéressera toutes les personnes qui me contactent en demandant : « un vrai mariage celtique », « un véritable mariage druidique »ou à celles qui insistent, manifestement angoissées : « Est-ce un vrai mariage...? »

Ces questions me font sourire : le vrai mariage, la vraie cérémonie, le vrai engagement sera toujours le moment pour lequel les marié·e·s eux·elles-mêmes se sentiront pleinement investi·e·s et présent·e·s. C’est ce que leurs invité·e·s ressentiront, c'est ce que je ressentirai, que ce soit à la mairie, dans une forêt ou ailleurs...

Ce qui me donne envie de conclure par cette belle et ancienne formule : Tout Est Un

Signé : Aurélie pour L’ENLUMINEUR

Note 1 : Fabien Coletti. Blog Actuel Moyen-Age 20.02.20. actuelmoyenage.wordpress.com

Pour aller plus loin :

« Les druides » de Christian J. Guyonvarc’h et Françoise Le roux - 1986
« The Pagan book of Living and Dying » de Starhawk - 1997
« Handfasting and wedding rituals » de Raven Kaldera& Tannin Schartzstein – 2018
« A la recherche de nouveaux rites » de Michèle Fellous - 2011

Pour en savoir plus sur le handfasting dans son contexte historique (et non wiccan), parcourir des ouvrages ou des articles sur l’histoire de l’Ecosse et des Hébrides, et parler avec des écossais !

Pour en savoir plus sur le druidisme, consulter les sites Internet de la Gorsedd de Bretagne, de l’Ordre druidique du Chêne et du Sanglier, de l’Odre du Dahut...